DR David Elia DR David Elia

Cancer du col de l'utérus une révolution pour la santé des femmes ! Le cancer du col de l'utérus est une maladie qui tue encore aujourd'hui 1.000 Francaises chaque année. Il est dû à des virus appartenant à la grande famille des Papillomavirus. Mais les lésions précancéreuses peuvent être dépistées grâce au frottis. Parallèlement, un vaccin sera disponible le mois prochain. Le point avec le Dr David Elia*.

Comment prévenir les cancers du col de l'utérus ?

Pour prévenir les cancers du col de l'utérus, les frottis de dépistage sont très efficaces mais ils ne concernent pas toute la population.
Pourtant, ils servent à alerter d'une lésion créée par le Papillomavirus, avant que celle-ci devienne cancéreuse.
Une fois détectée, la lésion bénigne est traitée par des moyens simples, comme le laser ou moins simples, comme la conisation (intervention chirurgicale), des techniques qui permettent aux femmes de continuer à avoir des bébés, des rapports sexuels, une vie tout à fait normale.
Ce n'est pas le cas chez les femmes qui ne pratiquent pas de frottis. Comme les lésions ne se manifestent par aucun symptôme, elles évoluent progressivement, en silence, vers des lésions précancéreuses avant de donner un cancer du col de l'utérus.
Ce type de cancer concerne des femmes encore jeunes, souvent autour de la quarantaine, alors que les lésions précancéreuses sont majoritairement décelées chez des jeunes femmes de 20 à 30, voire 35 ans.

Quels sont les Papillomavirus les plus dangereux ?

Les Papillomavirus représentent une grande famille de virus, dont 40 ont une prédilection pour la sphère génitale. Certains ne donneront jamais de cancer, d'autres ne sont pas capables d'induire des cancers, comme le 6 et le 11, mais sont responsables de condylomes (des verrues génitales bénignes, mais difficiles à traiter et douloureuses). Et enfin, deux virus sont impliqués dans 70% (voire plus) des cancers du col de l'utérus, les 16 et 18. Le pourcentage restant impliquent d'autres virus moins fréquents (31 et 45…).

Comment se transmettent-ils exactement ?

70% des femmes rencontreront un Papillomavirus au cours de leur vie.
La contamination est sexuelle. Le virus n'est pas transmis par le sperme ou le sang, mais de peau à peau. Par exemple, un homme qui met un préservatif ne recouvre pas totalement sa peau et peut alors contaminer sa partenaire. Ainsi, l'immense majorité des femmes font connaissance avec ces virus dès le début de leur vie sexuelle. Mais le virus est expulsé par des anticorps très efficaces. Ces femmes ont donc abrité un temps un Papillomavirus mais l'ont ensuite éliminé de facon définitive. Aucun symptôme ne s'est manifesté et personne ne sait que ces femmes ont été contaminées par un Papillomavirus.
En revanche, 20% des femmes vont développer une immunité insuffisante. Le virus va alors s'installer et coloniser progressivement le col de l'utérus, de telle manière qu'il va changer les propriétés des cellules composant cette muqueuse. Et au fil des ans, le col va devenir cancéreux, si les virus en cause sont les 16 et 18, comme c'est le cas le plus fréquent.

Quel est ce vaccin contre le cancer du col de l'utérus ?

Sachant que 70% (voire plus ? à confirmer) des cas de cancer du col sont dus aux virus 16 et 18, l'industrie pharmaceutique s'est mise à la recherche d'un vaccin. Techniquement, sa mise au point a été plus facile que pour le sida ou l'hépatite B par exemple.
Deux laboratoires sont en concurrence.
Sanofi Pasteur Aventis a mis au point un vaccin qui sera disponible dès le mois de novembre (Gardasil®). Pour le remboursement, il faudra attendre de nombreux mois (pas avant l'été 2007) et il sera surtout conseillé aux jeunes filles avant leur premiers rapports. Il s'agit d'un vaccin quadrivalent qui protège contre 4 virus : le 16 et le 18 (le cancer), le 6 et le 11 (les verrues).
Le vaccin des laboratoires GSK (Cervarix®) est bivalent, contre les virus 16 et 18 et devrait être sur le marché dans les 6 mois.
Le prix du vaccin : 100 euros le vaccin et il faut 3 injections.
Sa tolérance est excellente et son efficacité remarquable.
La comparaison de jeunes filles vaccinées alors qu'elles n'avaient pas encore débuté leur vie sexuelle, à d'autres ayant déjà une sexualité, montre une efficacité de 99,9%, soit pas de contamination par le Papillomavirus chez les femmes vaccinées avant leurs premiers rapports.
Quant aux effets secondaires, ils sont modestes.

Qui va-t-on vacciner, qui va-t-on rembourser ?

Les recommandations du Ministère de la Santé seront annoncées courant novembre et répondront aux questions : quelles sont les femmes concernées ? A quel âge ? Qui va pratiquer cette vaccination (pédiatres, médecins scolaires et généralistes, voire les gynécologues) ? Etc.
La population cible devrait être représentée par les jeunes filles avant le début de leur vie sexuelle. Et elles seront très probablement les seules remboursées.
Toutes les études ont été faites chez des jeunes filles de 9/25 ans et montrent que les jeunes filles qui ont recu le vaccin avant le début de leur sexualité ou après mais n'ayant pas été déjà exposées au virus, sont protégées.
Attention, quelle que soit la population vaccinée, elle ne sera pas protégée des autres virus non couverts par le vaccin et responsables des 30% restants de cancers du col (on pense cependant que ce % pourrait être légèrement inférieur mais cela reste à confirmer).
Les frottis resteront donc indispensables pour dépister ce pourcentage de cancers non évitables par le vaccin, même chez les femmes ayant été vaccinées avant le début de leur vie sexuelle. Ils gardent leur même importance et leurs mêmes indications.
Ce dernier point est fondamental car leur abandon pourrait rapidement conduire à une augmentation du nombre de cancers du col dont - on le rappelle ? 1.000 Francaises meurent encore aujourd'hui tous les ans !