DR David Elia DR David Elia

Ces hormones qui nous capitonnent

Dossier Minceur réalisé par Emmanuelle Blanc, Marion Louis, Astrid Taupin, Laurence Négroni-Nikitine et Brigitte Papin. Madame Figaro Manger mieux, bouger plus, O.K., mais parfois ça ne suffit pas. Dans son dernier ouvrage, le gynécologue David Elia pose la question « Et si c’était les hormones ? » (éd. Grasset). Et pour une fois, on ne reste pas sur sa faim.

« Madame Figaro ». – On met les hormones à toutes les sauces. Ont-elles vraiment une influence sur notre poids ?

Dr David Elia. – Oui, la femme a une réelle vulnérabilité pondérale en raison de son système de reproduction sophistiqué qui rythme toute sa vie, de la puberté à la ménopause.

– Quelles hormones nous font le plus de misères ?

– Les estrogènes, hormones féminines par excellence. Lorsqu'elles sont trop abondantes, elles augmentent le volume graisseux, notamment au niveau des cuisses, et provoquent une rétention

d'eau et de sel. Des situations qui arrivent assez souvent : à la puberté, lorsque les ovaires encore immatures fabriquent trop d'estrogènes ou d'hormones mâles ; lorsqu'on prend une pilule trop dosée (ce qui est de plus en plus rare) ou mal adaptée (plus fréquent) ; pendant la grossesse, où les estrogènes sont au zénith ; avant les règles, lorsque la femme se met à gonfler sans raison apparente (c'est le fameux syndrome prémenstruel) ; ou encore en périménopause ou en ménopause, soit du fait de carences hormonales naturelles, soit à cause d'un traitement hormonal qui ne convient pas. Qu'on se rassure : il existe une solution thérapeutique précise pour chaque cas.

– Les estrogènes augmentent-elles aussi l'appétit ?

– Il est prouvé que les femmes mangent moins pendant la période d'ovulation et plus dans la seconde partie du cycle menstruel. Les hormones féminines aiguisent la sensation de faim et surtout le goût pour les aliments sucrés qui ont aussi un effet apaisant. Et c'est cet excès de sucre qui risque de se transformer en graisse, en priorité dans le bas du corps.

– Nous sommes donc toutes « condamnées» à nous arrondir ?

– Non. Les quantités d'hormones sécrétées sont assez comparables d'une femme à l'autre, mais les récepteurs hormonaux ne sont pas identiques. La faculté de fabriquer la graisse, de retenir l'eau et le sel dépend d'un programme génétique, qui est transmis à chacune par ses ancêtres depuis la nuit des temps.

– Vous parlez de « kilos d'eau » et de « kilos de graisse ». Quelle différence ?

– Les premiers viennent en quelques jours, voire quelques heures et font surtout gonfler, en particulier lors de la seconde partie du cycle. Ils repartent rapidement après les règles quand le cycle redémarre. Puis ils reviennent quinze jours après et ainsi de suite. Le sport et les mesures alimentaires n'ont aucune action sur eux. Les kilos de graisse, eux, s'installent plus lentement, plus sournoisement, et ne sont l'objet d'aucune tension douloureuse. Et ils ne partent jamais tout seuls.

– La pilule fait-elle grossir, oui ou non ?

– Toutes les études consacrées à ce sujet sont aujourd'hui formelles. La réponse est non. Du moins lorsqu'elles contiennent moins de 50 microgrammes d'éthynilestradiol, ce qui est le cas de 90 % des contraceptifs actuels. Pourtant, il est vrai que la crainte est toujours là et que certaines femmes ont le sentiment d'avoir grossi sous pilule alors que l'aiguille de la balance ne bouge pas... Une nouvelle molécule, la drospirénone, présente dans certaines pilules, a même un effet anti-rétention d'eau.

– Pendant la grossesse, certaines femmes prennent à peine 10 kilos et d'autres au moins 25 kilos. Encore la « faute aux hormones » ?

– En grande partie, oui, et ce sont les kilos les plus embêtants, car c'est le seul cas où on ne peut pas agir sur le plan hormonal. Pour retrouver sa ligne après bébé, on ne peut donc compter que sur l'hygiène de vie. Pour les grossesses suivantes, les mamans à risque doivent être prises en charge le plus tôt possible afin de limiter au maximum les dégâts.

– Prendre des kilos à la ménopause, c'est inéluctable ?

– Non, et d'ailleurs une femme sur deux n'a pas de problème de poids à ce moment-là. En fait, l'étude Ceris menée au niveau européen a montré qu'entre 20 ans et 50 ans, 81 % des Européennes prennent en moyenne 27 grammes par mois (!) mais, au moment de la ménopause, cela fait 10 kilos... Et brusquement, elles ne le supportent plus